Toujours aussi intéressant.
DV's Rubrik #12
Motard Impression.com, le mercredi 05 mai 2010
Peut-on sauver le Championnat Elite ? Peut-on voir nos tops pilotes français rouler en France ? Ce sont les questions que je me pose en suivant les résultats des 2 dernières courses du Championnat Elite, qui est la vitrine de notre sport sur le territoire français
Appuyons sur la touche retour rapide, et revenons presque 20 ans en arrière
Nous sommes en 1992, j'ai 14 ans, je roule sur une KX125, un tank, et je suis inscrit au Championnat Elite à Castelnau de Levis. À l'époque, il y avait une course en début d'année qui qualifiait une trentaine de pilotes à l'année, puis, à chaque course il y avait 5 places à prendre en fin de journée. Ce nombre fluctuait suivant les absences des pilotes qualifiés d'office. Tous les tops en 125, comme en 250, étaient là. Demaria, Pichon, Vialle, Maschio, Porte, Béthys, Obelisco, et j'en passe/oublie. Il y avait 5 places pour les Juniors, les Nationaux et les pilotes de la ligue. C'était de la folie pour se qualifier. Pour l'anecdote, j'ai fini dans les barrières en bas de la grande descente, et je me rappelle que c'est le père Nitard qui était venu me relever alors que j'étais dans le coaltar ! Pourquoi tous les tops français étaient à l'Elite alors ? Tout simplement car il fallait "gagner" sa place pour aller faire les GP
A l'époque, il y avait seulement 8 pilotes par nation qui avaient le droit de se présenter aux qualifications du Championnat du Monde de Motocross. C'était une "grading-list" composée par la FFM
En revanche, pour les pilotes du pays organisateur du GP, la liste pouvait atteindre 10 représentants. De nos jours, pour rouler en Grand Prix, fini les grading-lists, il faut faire partie d'un team et "investir" dix mille euros pour être qualifié et prendre le départ. Avec le système Youthstream, revenir à cette solution est impossible et condamne un peu plus les championnats nationaux. Voici un premier point de désertion des pilotes sur ce championnat Elite.
Le second problème, c'est qu'il n'y a plus assez de pilotes pour faire des qualifications de nos jours en Elite. C'est assez alarmant. Sur ce point de vue quantitatif, je condamne le nouveau format. Cette catégorie Open va en l'encontre du développement et de la progression de nos jeunes pilotes. Ils seraient mieux dans une catégorie MX2 avec leurs petites 125 et qu'ils puissent rouler au contact de meilleurs pilotes. D'ailleurs soit dit en passant, faire l'Elite en 250 4 temps, et le Junior en 125 est une mauvaise idée, d'une part pour le porte feuille, et d'autre part car tu ne peux pas optimiser le rendement sur deux motos, avec des styles de pilotages si différents, pour des minots de moins de 18 ans. L'an dernier, c'était très difficile de se qualifier en MX2 pour les jeunes et les moins jeunes d'ailleurs. Même en se qualifiant dans le top 40 français, le début de rémunération des primes d'arrivée commence à la vingtième place (par manche). En clair, si vous faites 22-23-21, ce qui était assez difficile l'année dernière, vous repartez avec les 250 euros de la qualification. Je ne dis pas qu'il faudrait gagner 2000 pour la qualif', mais au moins de rentrer dans ses frais de déplacement. Faites le compte du coût pour faire Marseille-Iffendic, en Bretagne, avec un camion, et par l'autoroute. Les 250 ne pèsent pas lourd dans la balance ! Je prône le retour à 2 catégories en réduisant le nombre de pilotes qualifiés dans notre championnat Elite avec un programme sur l'exemple des GP (ou US), avec ou sans superfinale. En GP, personne ne parle de superfinale, personne ne parle de confrontation Musquin/Cairoli, Nagl/Herlings ou aux US, Reed/Pourcel et/ou Villopoto/Barcia. Pour ma part, je ne suis pas pour le rassemblement en fin de journée. Je l'ai fait, cela m'a fait progresser à l'époque où je me battais avec mon 125cc, mais il y a assez de profondeur de talents pour dissocier les 2 catégories si nos meilleurs français daignent se déplacer.
En ce qui concerne le qualitatif et la désertion des "stars" nationales, le problème est très facile : l'argent, les sous, la tune, l'artiche, le blé, le flouse, les lovets, la caillasse, le fric, le pognon
Vous ne vous êtes jamais posé la question pourquoi il n'y avait pas de "stars" à Sommières alors qu'à Pernes ou Brou ils y étaient, ou pourquoi Sébastien Pourcel roule le week-end dernier en Belgique sur ce qu'il décrit de "prairie sablonneuse poussiéreuse" au lieu de venir avec son coéquipier Xavier Boog à Gaillac Toulza, un des plus beaux terrains que je connaisse ? Tout simplement pour une question de primes de départ. J'ai gagné l'Elite en 1998 et 1999 sans prendre un centime de prime de départ, et je l'ai fait en 2009 en intégralité à la demande du team Bud Racing en prenant quelques primes, mais pas sur toutes les courses. On était très loin des cachets de SX hivernaux, et pour être franc, mon plus gros cachet était de deux milles euros. De toute façon, j'avais signé un contrat pour faire le Championnat Elite, et je ne vois pas l'intérêt de faire des courses au coup par coup dans un championnat si ce n'est pas pour le finir, ou d'avoir l'ambition de la gagner. C'est comme si l'OM jouait contre le PSG ou Lyon mais n'allait pas jouer à Boulogne ou à Grenoble. En gagnant les 3 manches en Elite, tu "empoches" trois milles euros, en gagnant les 2 manches de l'Oudoor US, c'est deux milles dollars, soit 1500 . Certes, il y a de gros bonus constructeur, mais un pilote d'usine US gagne moins de mille euros en faisant 4 au général d'une course US en MX. Quatrième veut dire pas de bonus des usines aux US
Pour remédier à cet exode dans le championnat français, il y a quelques solutions qui me viennent à l'esprit. D'une part, il faudrait instaurer un système de primes par rapport au classement mondial, ou au classement du championnat, sans prendre des proportions exorbitantes. Ce n'est que le Championnat de France et des clubs de bénévoles
Mais où prendre l'argent ? Quand on voit que Valence qui accueille le gratin du MX mondial ne fait "que" 5000 entrées payantes, il est difficile de compter sur la billetterie. Ils pourraient commencer par concentrer les courses sur une seule journée pour diviser en deux les frais fixes, docteurs, ambulances, commissaires, même s'ils sont bénévoles, il faut les recevoir. Le système fonctionne puisque, comme à Gaillac à cause du déluge du samedi, l'événement s'est déroulé seulement le jour du seigneur. Dans ce cas, les frais de nos chers délégués, chronométreurs et autres commissaires fédéraux seraient aussi divisés.
Ensuite, il faut aussi un peu de volonté des teams et des pilotes français. Nous avons la chance que Bud Racing s'investisse sur le marché français, CLS l'a fait l'an dernier mais ils étaient absents le week-end dernier. KRT est un team français basé en Hollande, nous avons Marvin Musquin Champion du Monde et de France en titre, et nous avons une ribambelle de frenchies en MXGP. Enfin, le schéma des courses doit changer et c'est le rôle de la FFM de se pencher sur les problèmes, de les résoudre, et de ne pas réinventer le fil à couper le beurre. Je n'ai pas la science infuse ni la réponse à toutes les questions mais il y a de quoi faire quelque chose de bien pour redorer le blason de ce Championnat et offrir au public, fans, et aux clubs français le spectacle qu'ils méritent. Imaginez un peu les clubs et les bénévoles qui travaillent pour organiser un Elite et l'argent que coûte un week-end "MX" pour les spectateurs et autres fans. Les pilotes d'usine et les tops français devraient se mettre à leurs places et relativiser. J'en profite pour féliciter Xavier Boog pour ses dernières performances et je salue son professionnalisme. Un championnat Elite relevé aidera les pilotes français à briller sur la scène mondiale (et internationale) et aidera nos "djeuns" à progresser comme le championnat de France SX dans les années 90 m'a aidé à aller battre le Roi du SX (Jeremy) et le GOAT (Greatest Of All Time, RC) aux USA
A bon entendeur, et a mercredi prochain !
David Vuillemin
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